Le littoral croate et les eaux de l’Adriatique abritent bien plus que des plages idylliques. Sous la surface, un autre monde attend les passionnés d’histoire, d’aventure et de patrimoine : celui des cités englouties. Entre faits archéologiques, témoignages locaux, avancées technologiques et légendes vivantes, l’Adriatique propose un fascinant voyage temporel pour ceux qui veulent comprendre la manière dont l’environnement a profondément modelé la région et son identité culturelle. Cet article retrace les principales cités englouties, les découvertes récentes, leurs retombées scientifiques et touristiques, ainsi que leur rôle miroir du changement climatique.
Les mystères et légendes autour des cités englouties de l’Adriatique

Les récits liés aux cités englouties d’Adriatique nourrissent l’imaginaire depuis l’Antiquité. L’histoire de Cissa, décrite par Pline l’Ancien, symbolise à la fois l’ingéniosité romaine et le poids des catastrophes naturelles. Située dans la baie de Caska sur l’île de Pag, Cissa aurait vu son port florissant rayé de la carte par un tremblement de terre, ce qui fit naître des légendes autour d’une colère divine et forgea l’identité locale. L’absence de certitude historique maintient ce flou entre mythe et réalité, transmis oralement de génération en génération et évoqué par les pêcheurs sous la lune croate.
Le passé de la région est ainsi rythmé par des mythes de civilisations englouties, portés par la tradition orale, la foi populaire et les influences médiévales. Une maison de pêcheur à Pag, un café sur Zadar, et les histoires de cités perdues circulent encore, portées par la mémoire collective. Ce capital narratif est aujourd’hui valorisé par le secteur touristique : il attire curieux et plongeurs vers les eaux où l’histoire affleure toujours, et confère une aura presque magique à des lieux emblématiques tels que Pag ou Zadar.
- Légende de Cissa : cité romaine engloutie après un séisme mentionné par Pline l’Ancien
- Mythes de punition divine et récits de pêcheurs sur les échos sous-marins
- Enjeux touristiques : circuits, aventures, plongées guidées, valorisation patrimoniale
Les principales cités perdues et découvertes archéologiques

Archéologues et plongeurs révèlent progressivement les traces de ces villes englouties, chaque site dévoilant sa spécificité historique et géologique.
| Site | Période | Découvertes majeures | Cause probable de la submersion |
|---|---|---|---|
| Cissa (Pag, baie de Caska) | Antiquité romaine | Vestiges portuaires, ancres, fondations | Séismes répétés |
| Tukljaca (détroit de Pašman) | Âge du bronze (3500 ans) | Poteries, charpente, activité portuaire | Catastrophes naturelles, tsunamis |
| Ruines de Zadar (près de la côte) | Probable époque médiévale | Fragments de murs urbains, structures enchevêtrées | Séisme et tsunami (500 ans) |
| Soline (Korčula) | Néolithique (7000 ans) | Route en pierre de 4 m de large | Montée des eaux post-glaciaire |
Chacune de ces découvertes ajoute une pièce au puzzle de l’évolution côtière en Adriatique. On identifie des phases de vie intense, des infrastructures avancées même à l’époque néolithique, et des disparitions liées à la combinaison inédite des forces naturelles.
Les grandes campagnes de fouilles sous-marines en Croatie
L’effervescence scientifique en Croatie doit beaucoup à la montée en puissance de l’archéologie sous-marine. Les fouilles initiées dès 2016 à Caska (Pag) ont permis d’identifier précisément des structures antiques, la datation au radiocarbone et le scan sonar guidant les interventions vers des secteurs prometteurs. Les fonds marins révèlent alors la mémoire de ports élaborés, d’ancres ou de vestiges humains que la mer a dissimulés. Les recherches menées à Soline (Korčula) sont tout aussi remarquables : une route de pierre préhistorique a été numérisée en 3D, confirmant ainsi la haute technicité des premiers habitants de l’Adriatique.
Ces chantiers réunissent universités, instituts et plongeurs spécialisés. La coordination croato-internationale se développe, les conditions maritimes complexes donnant une place essentielle à la connaissance locale. Le résultat : chaque extrait de poterie ou segment d’infrastructure alimente de nouveaux récits sur l’évolution sociale et géologique de la région.
L’influence de la géologie et de la montée des eaux
Au-delà du folklore, la science rappelle le rôle décisif du contexte naturel. La Croatie se situe au croisement de plaques tectoniques actives, d’où une sismicité fréquente et parfois dévastatrice, étoffée par des tsunamis, sources directes de submersion rapide. Ainsi, la ruine de Cissa sur Pag est un cas d’école : engloutie en raison de séismes et mouvements de terrain, selon les résultats des investigations récentes à Caska.
La fonte des glaces après la dernière glaciation, entre -20 000 et -7 000 avant le présent, a de son côté remodelé en profondeur la façade adriatique. L’exemple de la route en pierre de Soline montre la formidable capacité d’adaptation des sociétés anciennes, contraintes de redéfinir routes et implantations à mesure que les eaux s’élevaient sur toute l’Europe méditerranéenne.
- Tremblements de terre : destruction rapide, réapparition de nouveaux paysages
- Montée centimétrique des eaux sur 13 000 ans : disparition lente de sites entiers
Ces dynamiques illustrent la résilience et la créativité humaines face à la puissance de la nature, et montrent que la mémoire d’un lieu peut dépasser le seul témoignage matériel.
Voyager et plonger sur le passé : une aventure unique
Pour ceux qui souhaitent explorer ces sites, l’Adriatique offre de multiples occasions, de la plongée au snorkeling en passant par les visites guidées sur bateaux à fond transparent. À Caska (Pag), il est possible d’observer sous l’eau les restes d’un port romain ou de s’imaginer la vie quotidienne avant le séisme. Les agences locales accompagnent les explorations, fournissent matériel et guides en plusieurs langues, y compris le français.
Korčula, avec sa route submergée, s’adresse plutôt aux plongeurs équipés. Près de Zadar, la variété des vestiges (amphores, débris architecturaux) séduit autant les férus d’archéologie que les néophytes, formant ainsi un pont entre histoire, loisir et recherche scientifique.
- Visites en bateau ou snorkeling accessible pour tous (Caska, Zadar)
- Plongées certifiées sur la route néolithique (Korčula)
- Musées et expositions d’objets repêchés pour prolonger l’expérience
- Implication d’agences touristiques et guides locaux
Débats scientifiques et mythes persistants
Les cités englouties de l’Adriatique divisent les experts. Certains défendent une origine essentiellement romaine ou médiévale, d’autres imaginent la présence de sociétés préhistoriques avancées. Les techniques employées (scan sonar, datation, photogrammétrie 3D) affinent la compréhension des sites mais laissent place à l’interprétation, en particulier pour des structures où s’entremêlent formations naturelles et potentielle intervention humaine. L’ombre de l’Atlantide plane parfois lors de discussions historiques, signalant la force d’attraction de ces vestiges dans l’imaginaire collectif, bien que la communauté scientifique privilégie une lecture rationnelle des faits.
Des débats émergent notamment sur l’origine exacte des constructions de Pašman et sur la périodisation des ruines de Zadar. À chaque nouvelle campagne de fouilles, les éléments recueillis affinent le portrait de ces sociétés submergées, tout en relançant la fascination du public pour la frontière entre légende et réalité.
Après avoir exploré les mystères des cités englouties, offrez-vous une parenthèse unique en visitant Pasjača Beach en Croatie : la plage secrète qui vaut le détour, un joyau caché du littoral croate.
Pour compléter votre exploration des trésors de l’Adriatique, n’oubliez pas de consulter notre guide pour visiter Zadar : les 10 sites incontournables à découvrir, une ville riche en histoire et mystères.
Pour les amateurs de plongée et d’histoire, explorer les cités englouties de l’Adriatique est une expérience unique, comme le montre le guide détaillé sur les plus beaux sites et astuces pour plonger en Croatie.
Conséquences culturelles et dynamiques touristiques
Ces sites ne se contentent pas d’éclairer sur le passé : ils nourrissent une économie touristique moderne et un écosystème éducatif riche. Autour de Zadar ou Split, festivals, musées spécialisés et expositions font vivre ces histoires sous-marines. Les écoles s’appuient sur ce patrimoine dans leurs programmes, tandis que les clubs de plongée proposent des circuits thématiques. L’Adriatique se positionne alors comme une destination pionnière de l’archéologie sous-marine, capable d’attirer autant les chercheurs que les voyageurs en quête de sens.
Un miroir du changement climatique
La question des cités englouties trouve un écho particulier face à la montée actuelle du niveau des mers. Observer les traces des anciens ports ou routes disparues revient à lire dans le passé les signes des mutations présentes et à venir. L’enjeu n’est plus seulement mémoriel : il s’agit d’exploiter ce savoir pour anticiper sur la manière de préserver le patrimoine et d’organiser la résilience des zones côtières aujourd’hui menacées.
La numérisation des sites, les techniques de conservation spécifiques et le dialogue entre archéologues et écologues renforcent la vigilance face aux enjeux climatiques : ce patrimoine invite clairement à ne pas sous-estimer la puissance de l’environnement, hier comme aujourd’hui.
FAQ : explorer les cités englouties de l’Adriatique
- Quelles technologies sont utilisées pour explorer ces sites ? Sonar à balayage latéral, ROV télécommandés, datation au carbone, modélisation 3D : un concentré d’innovation au service de l’archéologie sous-marine.
- Faut-il être plongeur certifié ? Zones accessibles aux débutants (comme Caska), circuits encadrés et équipements fournis, mais plongées avancées requièrent souvent un brevet (Korčula, Zadar).
- Les visites guidées sont-elles possibles en français ? Oui, la plupart des agences adaptées au public francophone intègrent des guides multilingues.
- Les sites sont-ils en danger ? Certains secteurs subissent la pression du développement touristique et nécessitent aujourd’hui une surveillance accrue au niveau urbain et environnemental.
- D’où vient la fascination ? Entre vestiges marins, récits antiques et mystères, ces cités incarnent la dimension poétique de l’archéologie et stimulent une curiosité collective qui dépasse la simple contemplation.
Les cités englouties en Adriatique invitent à plonger dans l’histoire, côtoyer des vestiges submergés et questionner nos certitudes sur l’éphémère des civilisations humaines. Elles stimulent autant l’intérêt scientifique que touristique, tout en portant un message fort sur la responsabilité à transmettre ce patrimoine. Quels sites sous-marins rêveriez-vous de visiter ? Vos expériences ou questions sur ces vestiges insolites sont attendues dans les commentaires. Si cet article a aiguisé votre curiosité, n’hésitez pas à le partager ou à l’envoyer à d’autres amateurs d’aventure et d’archéologie !Les mystères de l’Adriatique continueront-ils d’alimenter débats et explorations ? C’est aussi votre regard qui contribuera à faire vivre ce patrimoine unique.
Sources : Université de Zadar, Musée Archéologique de Split, Ministère de la Culture de la République de Croatie.
Rédigé par Cindy V., spécialiste en patrimoine naturel méditerranéen et en écotourisme, auteur sur zelenaenergija.org. Article mis à jour le 19 avril 2024.
